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"Miroir des excès et des manques de son époque, l'histoire des hôtels s'avère inséparable de l'histoire des sociétés et chacun d'entre-eux depuis sa construction, ses remaniements, ses changements de destination et parfois sa destruction correspond à un moment clé du passé ou de l'avenir qu'il domine de ses ors. Car le destin d'un hôtel ne lui appartient jamais en propre. Crises économiques, guerres, progrès industriels, mode et concurrence en font la proie d'un monde changeant où son arrogance en fait une incontournable cible. Car rien n'est plus fragile qu'un palace dont l'économie ne peut résister à la moindre crise, d'autant qu'à l'instar des casinos ils se démodent aussi vite que les robes en taffetas". ( Bruno Delarue-"Les bains de mer sur les côtes françaises" p 78- ed Terre en vue).
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PRESENTATION


Le « Gallic hôtel » fût construit entre 1926 et 1927 sur les plans de l'architecte Marcel Oudin (1882-1936).

Cet hôtel est élevé sur les terrains d'une propriété dénommée "Bois Fleury" appartenant à la famille Meetz-Moulton. Cette famille Moulton, d'origine américaine, possédait également les deux villas "Moulton", en contrebas du "Gallic", situées en bordure de l'actuelle rue Vernet , dans un vaste parc qui s’étendait  de la place  Joffre, à la place de la République. Le "Gallic hôtel" va s'intégrer dans cet  environnement végétal, et faire corps avec lui. La ville de Dinard acquerra les villas "Moulton" en 1925, afin d'établir dans l'une d'elle, le siège de ce qu’on appelait à l’époque "le Syndicat d’initiatives" ancêtre de l’Office du Tourisme d’aujourd’hui. Les villas "Moulton" et leur parc disparaîtront dans les années 60 pour faire place au parking Vernet, privant ainsi le "Gallic"du cadre végétal dans lequel il s'inserrait.

Vue aérienne vers 1925 côté mer
avant la mise en construction du Gallic Hôtel
(source : collection particulière)


Vue aérienne vers 1925 côté ville
avant la mise en construction du Gallic Hôtel
(source : collection particulière)


Vue aérienne vers 1950
Le"Gallic"dans son cadre végétal originel
(source : collection particulière)


Angle Place de la République - Rue des Bains vers 1941
Au second plan, une des deux villas "Moulton"
(source : collection particulière)





Le 1er décembre de cette même année 1925, Jean Hennessy qui possède à Dinard la superbe villa  " La garde" va constituer, en apportant les terrains de  "Bois Fleury " qu’il a acquise en 1919, la société anonyme  "L'Écluse", au capital de 400.000 francs, dont il est le principal actionnaire. Cette société  dont le siège est successivement au n°1 de la rue Levavasseur puis au  n°13 du boulevard Féart, a pour vocation de créer des équipements balnéaires modernes afin de donner un nouveau souffle à Dinard. La station est en effet à un tournant important de son histoire. Elle doit satisfaire les goûts d’une nouvelle clientèle fortunée, dont les femmes ont coupé leurs cheveux et raccourci leurs jupes et qui pour fuir l'image des millions de morts de la Première Guerre Mondiale, se grise de modernité, de vitesse, de sport, et de jazz. Celle que l'on appellera  "la génération perdue" a désormais remplacé les "ladies", des sages  "five o' clock tea " du  "Hight Life Casino" de Dinard du début de siècle.

Cet ambitieux projet reçu immédiatement le soutient du maire et ce en dépit d'une forte opposition du Conseil Municipal où les débats seront très houleux sur le sujet.

Le  "Gallic Hôtel" sera l’unique réalisation de la société  "l’Écluse" qui restera propriétaire des murs jusqu’au lotissement de l'hôtel en 1949. Cette société sera également propriétaire des villas "Alba", "la Surprise","la Ruche","les Rochers", "Roche fontaine", "Campo bello" et "les Figuiers". Cette dernière située sur le trottoir opposé au Gallic, transformée en hôtel depuis le début du 20 ème siècle sous le nom "d'hôtel Régina", deviendra "l'hôtel des Figuiers" annexe du "Gallic Hôtel".


Papier à entête de l'hôtel des figuiers annexe du Gallic
 (source ; archives départementales d'Ile et Vilaine)


La mode des séjours en été sur la  "Riviera ", lancée à Juan les Pins en 1925 par le millionnaire américain Frank Jay Gould II et sa femme Florence qui y feront édifier le superbe hôtel "Le Provençal" et la crise de 1929, porteront un coup fatal à ce renouveau des équipements balnéaires de Dinard qui verra également échouer les lotissements de  "la Vicomté" dont seuls le casino et l'hôtel "Beauvallon" seront réalisés ainsi que celui de"Longchamps"à Saint Lunaire.
 

Florence Gould
à bord de "Normandie" vers 1935

Frank Jay Gould vers 1913



















Façade du casino du lotissement de la Vicomté et vue d'une salle de jeux
 (Victor Lesage architecte 1928)


Façade de l'hôtel "Beauvallon" du lotissement de la Vicomté 
(Victor Lesage architecte 1928)


Son premier et unique directeur, Tito Galli, d'origine italienne mais de nationalité anglaise, est salué par la presse locale, lors de l'inauguration comme un grand professionnel de l'hôtellerie. Il a en effet déjà dirigé de nombreux grands hôtels à Granville et à Jersey notamment.

Tito Galli sera également l'exploitant de l'hôtel jusqu'en 1944. En effet le 1er mai 1927, la société "l'Ecluse" lui donne à bail l'hôtel pour une durée de six ans.Ce bail sera renouvelé successivement en 1933, 1939 et 1941. Le loyer était constitué par un prélèvement sur les recettes bruts de l'hôtel au bénéfice de la société bailleresse. A l'origine du bail la rémunération était de 25% des recettes bruts en juillet, août, septembre et de 15% le reste de l'année. Ces conditions évolueront au fil du temps et provoqueront d'ailleurs une controverse en 1941, date à laquelle la société bailleresse exigera et obtiendra au titre du loyer, 45 % du montant des indemnités d'Occupation. 
La société "l'Ecluse" concédera également des baux à Tito Galli  en 1930 sur les villas "Campo bello" et "les Figuiers" et en 1936 sur la villa "la Ruche".

Dans les premières années de son  exploitation, le "Gallic Hôtel" sera un incontestable succès commercial et mondain. Un nouveau bar dancing va d'ailleurs voir le jour, juste en face du "Gallic Hôtel ", au 11 boulevard Féart, le "Casanova ", œuvre également de Marcel Oudin. Les riches clients de l'hôtel vont pouvoir  y danser  jusqu'au petit matin, au son des orchestres de jazz et de tango venus de Paris, New York ou Buenos Aires.


Entrée du "Casanova", 11 boulevard Féart,
projet de façade par Marcel Oudin vers 1927
(source : Archives Municipales de la Ville de Dinard)



Panneau provenant
du décor intérieur du "Casanova"

La presse locale sera un relais régulier de la vie mondaine du "Gallic Hôtel", comme le prouve l'article, extrait du "journal de la côte d'émeraude" d'août 1931, ainsi  que le cliché,  publié dans la revue "Dinard mon pays", pris lors d'un "thé" donné au Gallic Hôtel le 3 juillet 1931, à l'occasion de la première arrivée, en gare maritime de Saint Malo, du train rapide "Emeraude- Pyrénnée", ci après.






Cliché pris devant la rotonde à l'occasion  d'un "thé" donné le 3 juillet 1931



 
Page de garde du livre de police de l'hôtel
année 1931
(source : collection particulière)




















Extraits du livre de police de l'hôtel années 1931-1934. La colonne de gauche reprend les numéros de chambre. La colonne "date de naissance" reprend l'âge des clients
(source : collection particulière) 

Cliché d'un groupe de touristes pris  le 3 juin 1932
 (source : collection particulière)


Extrait du guide rouge Michelin année 1939.
Le Gallic hôtel est l'un des trois meilleurs établissements
de la station.
(source : collection particulière)


Cependant, à l'approche de la seconde guerre mondiale, cette même exploitation s'avérera de plus en plus difficile, au point que dès 1938, la fermeture et le  lotissement en appartements, sont déjà envisagés.

Le "Gallic Hôtel" subira, d'une part, les conséquences de la crise de 1929 aux États Unis, qui touchera  l'Europe en 1931, en perdant une grande partie de sa clientèle , essentiellement anglo-saxonne. Il fût d 'autre part construit "trop tard" à une époque où la vocation mondaine de Dinard commence à décliner, au profit d'une vocation familiale. Cette tendance se confirmera dans les années de l'après guerre avec la disparition des autres palaces de la station, dans les années 50-60, à l'exception du "Grand Hôtel".



Vue générale prise en 1927, l'hôtel est en cours d'achèvement
(source : collection particulière)



CONSTRUCTION


Le choix de Marcel Oudin, architecte parisien réputé et spécialiste du béton armé, est sans doute lié au fait qu’il a déjà travaillé à plusieurs reprises pour les Hennessy, en modernisant, entre autre, leurs chais de Cognac, mais également à son implantation à Dinard, avec une agence d 'architecture au 6 de l’avenue Édouard VII et à « la Fourberie » où il possédait une maison.


Jean Hennessy 1874-1944


Marcel Oudin, étudiant aux Arts Déco vers 1900,
second en partant de la gauche








Plaque de signature de Marcel Oudin apposée
sur l'hôtel Massilia à Paris (1912)



Entrée de l'agence d'architecture
de Marcel Oudin à Dinard
au 6 de l'actuelle avenue Edouard VII

Marcel Oudin appartient à la génération des architectes qui conçoivent l’architecture d’un bâtiment dans sa globalité. Cela signifie que les intérieurs et les extérieurs forment un tout indissociable pensés par eux seuls. Le Gallic Hôtel est l’archétype de ce concept architectural. Marcel Oudin cherchera, par exemple, tant par le cloisonnement intérieur des locaux communs du rez-de-chaussée, au moyen de panneaux vitrés, que par la disposition des façades « en gradin » sur la mer et en « paravent » sur le boulevard Féart, à capter en permanence la lumière, d’une plage exposée à la belle, mais difficile lumière du nord.


Plan relevé par Alexis Daniel en 1948 pour le lotissement. 
Les chambres sont encore dans leur disposition d'origine. 
(source : archives de la copropriété "Le Gallic")


La démolition de la villa « Bois Fleury » est entreprise en avril 1926 et l'hôtel inauguré le 4 juin 1927. L'immeuble est construit sur une ossature en poutrelles de  ciment armé, il n'a aucun murs porteurs. C'est le recours à cette technique qui est une première dans la région, mais qu'utilisent  déjà, depuis le début du siècle, des architectes comme Auguste Perret, qui explique la rapidité de son édification.

L’inauguration, suivie d'un déjeuner de 200 couverts, se fera en grande pompe en présence du maire Paul Crolard qui avait défendu le projet.
Des fêtes ininterrompues, durant lesquels se succéderont, galas, banquets, "fête fleurie", élection de Miss, relatés par toute la presse locale, se dérouleront du 4 au 11 juin 1927.

 

Étiquette de valise
(source : collection particulière)
Vue en 1927 lors de l'inauguration
(source : collection particulière)



DESCRIPTION DES BATIMENTS (1)

Façade mer en 1927
(source : collection particulière)
La façade mer, en « gradins », la plus spectaculaire de l'immeuble, a certainement été inspirée à Marcel Oudin par les réalisations de l'architecte Henri Sauvage son illustre contemporain. Ce dernier utilise, en effet, le principe de la maison « à gradins » pour la première fois en 1912 dans la réalisation d’un immeuble au 26 de la rue Vavin à Paris. L’immeuble de 80 logements sociaux qu’il réalisera en 1922, rue des amiraux dans le 18e arrondissement de Paris, reste l'exemple le plus achevé de ce style.

Les préoccupations d'Henri Sauvage sont avant tout « hygiénistes ». La disposition en gradins permet, en effet, de faire entrer l'air et la lumière dans les logements à une époque où la tuberculose que l'on ne sait soigner que par « le bon air » et l'exposition au soleil, reste un fléau. Ses travaux auront une influence importante sur ceux de Le Corbusier, dans la réalisation des « cités radieuses » de Marseille et de Nantes.

Ce langage architectural « hygiéniste » était tout à fait adapté à la conception des « bains de mer » de l'époque, encore teintées d'une forte connotation thérapeutique. Est il besoin de rappeler que c'est la santé fragile de leur fils Paul dit "Paulo" qui amènera le couple Picasso à résider par trois fois à Dinard, dont une semaine au « Gallic Hôtel» en juillet 1928 et août 1929 (chambre 182, 6 ème étage, angle mer et bld Féart).

Cette disposition en gradins successifs permet dans le cas du « Gallic » exposé au nord, de recevoir le soleil jusqu’à midi sur les terrasses des chambres du premier étage, les plus vastes et les plus onéreuses de l’hôtel. Le phénomène s’inverse au couchant et concerne les chambres les plus « modestes » du 6 e étage. Une disposition en aplomb de la façade aurait rendu impossible l'accès au soleil, source de santé et de bien être selon les préceptes médicaux de l'époque.




Détail de la terrasse avant la construction de la rotonde 






Une rotonde sera ajoutée à cette façade en 1928, afin d'y installer un restaurant qui viendra compléter la salle à manger réservée aux clients résidents de l'hôtel. La table du Gallic hôtel ayant acquis dès la première saison une grande renommée, cet agrandissement c'était révélé nécessaire. L'ajout de cette rotonde est attribué, sans qu’il soit possible de l'affirmer, à Alexis Daniel, architecte à Pleurtuis et assistant de Marcel Oudin.



Façade mer vers 1930 la rotonde a remplacé la terrasse
(collection particulière)

DESCRIPTION DES BATIMENTS (2)


La façade boulevard Féart

Afin d'éviter un effet de monotonie du fait de la grande longueur de cette façade, Marcel Oudin, va faire se succéder trois motifs verticaux différents, en jouant sur la disposition des ouvertures : un motif de "paravent"coiffé d'une loggias, un motif de deux balcons encadrant une fenêtre, et enfin des groupes de fenêtre jumelles vers les gradins de la façade mer. L'ensemble donne ainsi l'impression de trois façades d'immeuble juxtaposées, dont la continuité est assurée par un auvent.

Cette façade est sans doute la plus représentative du style de Marcel Oudin à cette époque.

Il convient de rappeler que Marcel Oudin vient de réaliser en 1925 le pavillon des « Magasins réunis » à l'exposition internationale des arts décoratifs. Il a déjà beaucoup travaillé pour cette chaîne de magasins propriété de la famille Corbin, dont il a dessiné les plans, en 1913, de la célèbre succursale de l’avenue des Ternes à Paris, classée aujourd’hui monument historique.

On trouve sur cette façade du « Gallic » les principaux éléments architecturaux de ce pavillon de l'exposition de 1925 à savoir :

La fenêtre en « paravent » qui permet d'avoir des vues plus nombreuses et de la lumière. Ce principe qui correspondait tout à fait aux nécessités balnéaires connaît un développement très important sur cette façade du « Gallic » Il offrait ainsi aux chambres et suites de l’hôtel des vues en échappée « mer » et « ville ».


Fenêtres en "paravent"
Côté boulevard Féart
(source : collection particulière)


L’utilisation du auvent au-dessus de fenêtres comme au dernier étage du « Gallic ». Ce rôle est joué par les jardinières sur le reste de la façade mer. Ces jardinières sont un élément constant et particulièrement développé dans toutes les réalisations de Oudin à cette époque, que ce soit au « Gallic » ou dans son projet, non réalisé, de piscine thermale pour Dinard.

L’utilisation des verres de couleurs bombés, inclus dans un fin treillage métallique se retrouve à la fois dans le pavillon de l’exposition des Arts Décoratifs et au « Gallic » où ils garnissent la monumentale marquise qui protège l’entrée de l’hôtel.

Détail des verres de couleur de la marquise






Il convient enfin de remarquer les emprunts architecturaux faits à ce que l'on qualifiera d’architecture « coloniale » alors très en vogue.

On retrouve l’expression de cette dernière dans les motifs de la balustrade, qui couronnait le toit terrasse, les motifs des châssis de fenêtre et de portes qui sont directement inspirés par l’Asie du sud-est. Les couleurs retenues, ocre très clair pour les murs et rouge « Estérel » pour les volets ne sont pas sans rappeler l’or et le laque des temples bouddhistes.

Enfin, un effet visuel de pergola qui allégeait l'immeuble, était obtenu par la polychromie des loggias du dernier étage. Les murs, dans leur partie supérieure, entre les ouvertures ainsi que les plafonds de ces dernières étaient de couleur rouge « Estérel » et les structures porteuses, comme les colonnes et surtout les solives qui soutiennent l’auvent, de la couleur du reste de l’immeuble.

Détail de la polychromie de la loggias

Entrée principale et marquise boulevard Féart
(source : collection particulière)

DESCRIPTION DES BATIMENTS (3)

Un second bâtiment de trois étages située dans le jardin intérieur, aujourd’hui transformé en cour. Il comportait 32 chambres équipées chacune d'un lit pour deux personnes, d'un lavabo avec eau chaude et froide et du chauffage central. Ces chambres dites « chambres de courrier » étaient destinées aux chauffeurs et domestiques des clients de l'hôtel. En effet ces derniers se déplaçaient toujours, même lorsqu’ils résidaient à l’hôtel, avec une nombreuse domesticité qui continuait de les servir. À titre anecdotique, Picasso lors de son séjour à l'hôtel, ne logera pas son chauffeur - secrétaire dans ce bâtiment mais avec lui dans la chambre 182, située au 6e étage (angle bld Féart et mer). La facture conservée au musée Picasso ne comportant en effet qu’un seul numéro de chambre.


Bâtiment des "courriers" et jardin intérieur
(source : collection particulière)

 

DE 1939 A 1944


Le Gallic Hôtel transformé en hôpital
par l'armée française
photographié par un soldat de la Wehrmacht
fin de l'été 1940... une époque s'achève...
(source : collection particulière)

Le fonctionnement de l'hôtel durant la Seconde guerre mondiale, période sombre et troublée de son histoire, nous est en partie connu grâce aux dossiers d'indemnisation résultant des réquisitions françaises et allemandes conservées aux archives départementales d'Ile et Vilaine dans le fond des "réquisitions allemandes". Les exceptionnels clichés photographiques de la "PWG collection" nous permettent d'avoir également une vision concrète de ce qu'à pu être le quotidien des soldats de la Wehrmacht durant l'occupation de l'hôtel par l'armée nazi.

La réquisition de l'armée française (9 septembre 1939-15 juin 1940). 
 
Le 9 septembre 1939, le Gallic Hôtel, comme certains autres grands hôtels de la station (Le Grand Hôtel, le Granville hôtel...) va être réquisitionné par l'armée française qui y installera un hôpital militaire complémentaire jusqu'au 15 juin 1940. 

Les services de l'armée vont dresser un état des lieux extrêmement détaillé de l'hôtel pièce par pièce lors de leur arrivée. Ce document d'une grande importance montre en particulier que l'ensemble de l'hôtel tant extérieurement qu'intérieurement était dans un état assez médiocre au bout de 13 ans d'exploitation. Les papiers peints des chambres sont dans l'ensemble défraîchis, le peintures abîmées en de nombreux endroits, l'installation électrique dégradée ainsi que les carrelages de bon nombre de salles de bain, les marches de l'escalier principal constituées de tuffeau présente des signes d'usure etc..



Document du service de santé des armées du 28 mai 1940 portant le cachet de l'hôpital militaire complémentaire du Gallic Hôtel à Dinard
(source : "DR")










L'armée française va procéder à un nombre important de transformations des installations de l'hôtel. Nous les connaissons par le témoignage que va faire monsieur C.... employé de l'hôtel durant tout le Second conflit mondial,  lors de la constitution par la Société "l'Ecluse" du dossier de demande des dommages de guerre en 1945.

Selon monsieur C... l'armée va modifier l'installation de chauffage, mettre en place de nouveaux cloisonnements, scier une des deux cabines d'ascenseur afin d'y faire passer des brancards. Les services sanitaires de l'armée vont installer une salle d'opération dans le bar obturant la verrière qui surplombait la piste de danse et vont faire disparaître une partie des décors peints sous une épaisse couche de peinture de couleur bleu. 

Le symbole de la Croix Rouge va être peint sur le revêtement du toit de l'aile Est en bordure du boulevard Féart. Elle signalait la présence d'un hôpital qui selon les conventions internationales sur l'état de guerre ne devaient théoriquement  pas être pris pour cible lors de bombardements aériens.

 
Vue aérienne de Dinard vers 1940- cliché de la Luftwaffe. Le toit de l'aile Est du Gallic est marqué du sigle                   de la Croix Rouge
           (source : collection particulière)



La réquisition de l'armée allemande (15 juin 1940-15 août 1944).


Après la débâcle de juin 1940, Dinard va s'installer jusqu'à l'automne dans une ambiance étrange. En effet durant cet été particulièrement ensoleillé les réfugiés de l'exode vont devoir cohabiter sur les plages qui leur seront bientôt interdites à l'exception de celles des bords de Rance, avec les soldats de l'armée d'occupation. Les photographies qui suivent prises à des fins de propagande par les soldats de l'armée nazi et envoyées à leurs familles, transforment ainsi la réalité de l'occupation en "vacances insouciantes". Si l'on ignorait la date de ces prises de vues on pourrait facilement croire que l'ambiance de la plage de l’Écluse est demeurée la même qu'avant l'invasion.











Clichés pris sur la plage de l’Écluse et la terrasse du Yacht Club
 par des soldats de l'armée d'occupation durant l'été 1940
 (source collection particulière)


La Wehrmacht va à son tour réquisitionner l'hôtel dès le 15 juin mais on ne connait pas à ce jour l'emploi exact qu'elle en fera. La réquisition prendra fin le 15 août 1944.

Tito Galli son directeur et exploitant va être arrêté ainsi  qu'une partie de sa famille en sa qualité de citoyen britannique et interné au camp de Saint Denis en banlieue parisienne. Il ne sera libéré qu'après avoir demandé et obtenu la nationalité italienne selon le témoignage de monsieur C... déjà cité. C'est sa fille Yolanda Huet-Galli qui va semble t-il assurer la direction des affaires du "Gallic" durant la détention de son père dont on ne connait pas la durée.


Deux soldats de la Wehrmacht posent dans l'escalier du jardin nord vers 1941. Ce dernier paraît encore entretenu




 (source : collection particulière)

Un groupe de soldats fête le noêl 1941 dans une chambre de l'hôtel
(source : The PWG collection )

Deux soldats photographiés dans une chambre de l'hôtel vers 1941
(source : The PWG collection )





Un groupe de soldats fête le noêl 1941 dans une chambre de l'hôtel
(source : The PWG collection )






  


Un soldat de la Wehrmarcht photographié 
côté mer vers 1941 

(source : The PWG collection )




Le même soldat en tenue de plage


(source : The PWG collection )



L'indemnisation pour réquisition

La procédure d'indemnisation qui va alors se mettre en place suite à la réquisition, était basée sur une "fiction" qui consistait à considérer que l'armée allemande était l'unique "client" de l'hôtel, 365 jours de l'année. A cette fin, en octobre 1940 la direction de l'hôtel va transmettre aux autorités françaises le nombre et le tarif des chambres pratiqués en 1939. C'est sur cette base avec un abattement de 45 % que l’hôtelier va adresser mensuellement un état récapitulatif aux autorités françaises qui vont l'indemniser jusqu'en 1943 sur la totalité des chambres de l'hôtel. Ces demandes sont accompagnées à titre de justificatif du bon de logement de l'armée allemande correspondant. Ces documents sont ensuite visées par les services municipaux de la Ville de Dinard avant transmission aux services compétents de la préfecture d'Ile et Vilaine. A partir de 1943 le système va évoluer et des tarifs et abattement différents seront pratiqués en fonction de l'occupation effective ou non des chambres ce qui n'était pas le cas précédemment. 



Déclaration du nombre de chambres  
et de leur niveau de confort en octobre 1940 
(source archives départementales d'Ile et Vilaine)
Déclaration en octobre 1940
 des dates d'ouverture de l'hôtel
et des tarifs pratiqués en 1939
  (source archives départementales d'Ile et Vilaine)
 
 

 

 




 
















Exemple de mémoire récapitulatif
d'indemnisation
 pour travaux et entretien 1942
 (source : archives départementales
d'Ile et Vilaine)
Exemple de demande d'indemnisation 
couvrant la période du 1er au 31 janvier 1943 
 (source archives départementale d'ile et Vilaine)



























Bon de logement de l'armée allemande
 du 21 décembre 1943 au 10 janvier 1944
 (source: archives départementales d'Ile et Vilaine)
Si l'indemnisation portant sur les chambres ne soulève pas de contestation majeure, il en va tout autrement des surfaces des locaux communs (salon, salle à manger, jardin etc)  utilisés par l'armée allemande et de l'estimation du montant de la perte d'exploitation que cela représente.
  
Afin de justifier les demandes d'indemnisation sur ces parties de l'hôtel, la direction comme celle du Grand hôtel ou du Granville Hôtel, va faire dresser par  l'architecte Emile Guisnel qui est également celui de la Ville de Dinard, des plans du rez de chaussée, du sous sol et du jardin nord qui nous sont parvenus. Un échange de correspondance très fourni va alors s'engager entre les autorités françaises et la direction de l'hôtel sur les montants réclamés qui étaient basés sur l'utilisation commerciale ou non des locaux en 1939 et les surfaces réquisitionnées.

En 1941 lors du renouvellement du bail, une controverse va éclater entre la Société "l'Ecluse" et la direction de l'hôtel. La société bailleresse considère que les conditions de l'exploitation de l'hôtel ne sont plus celles du bail initial et que les taux de base du loyer sont devenus obsolètes du fait du changement de nature de l'activité de l'hôtel.  Elle pose comme condition au renouvellement du bail que 45% du montant des indemnisations lui soit reversés. Un arrangement sera trouvé entre les parties devant notaire, le bailleur recevra ce qu'il avait demandé, la famille Galli conservant 55% du montant des indemnisations.

Durant cette période, on trouve également conservées dans les archives départementales, un certain nombre d'états de demande d'indemnisation portants sur de multiples travaux de réfection des intérieurs, entre autre de la rotonde, des achats de charbon, des notes de blanchisserie de linge d'hôtel etc. Il semblerait selon ces documents que le service hôtelier fonctionnait a minima,  réserve étant faite que le personnel, principalement des femmes de ménage, était engagé directement par les autorités allemandes.

Si le système et le montant des indemnisations est connu, rien n'atteste cependant que ces sommes furent réellement versées à l'exploitant. La lettre de réclamation reproduite ci après, adressée au préfet par madame Huet-Galli le 23 juillet 1941 tend à montrer que les paiements s'ils sont réellement intervenus étaient en tout cas très irréguliers.


(source : archives départementales
d'Ile et Vilaine)


 La fortification

Elle va débuter lors de l’installation sur le toit terrasse, toujours selon le témoignage de ce même monsieur C..., de deux batteries de défense anti-aériennes. Ces batteries sont effectivement visibles sur les clichés ci dessous pris par des soldats de l'armée allemande  Une importante station radio sera installée également au sous sol.





Cliché pris par un soldat de la Wehrmacht en 1942.
Il s'agit sans doute de l'une des dernières visions des jardins
qui disparaîtront lors de la fortification du sous sol
de la rotonde où sera installée entre autre une station radio.
(source : collection particulière)




Cliché pris par un soldats de la Wehrmacht en 1941 . 
Deux batteries anti-aériennes 
ont été élevées sur le toit terrasse.
(source : collection particulière)

Par la suite un abri anti-aérien va être construit sous la rotonde par le comblement de l'espace qui originellement en faisait une construction sur pilotis. Le dessous du sol de la rotonde va être renforcé par d'épaisses poutrelles de métal et l'espace divisé en trois sections afin d'éviter la propagation du souffle des bombes en cas d'attaque aérienne.Un épais tablier de protection constitué de terre va être mis en place au pied de la rotonde et entrainer la disparition de cette partie du jardin. De nos jours cet abri est resté en l'état.

Un important bunker de défense précédé d'une fosse d'accès va quant à lui être édifié en bordure de la place Foch entre le Gallic et la villa"Moulton", dans la partie la plus au nord du jardin qui va à son tour disparaître. Il fût impossible de le détruire sans risque en 1945, il est par conséquent toujours en place.

Enfin un tobrouk ou bunker individuel  va être construit le long du mur de clôture du jardin en bordure du boulevard Féart.
 


Plan du jardin fortifié
  (source archives départementale
d'Ile et Vilaine)



La réquisition de l'armée américaine (26 août 1944 -26 septembre 1944)


Cette réquisition  va intervenir le 26 août 1944 et se terminera le 26 septembre de la même année. A partir de cette date l'hôtel sera rendu à son propriétaire la Société "L"Ecluse". Selon le témoignage du même monsieur C... monsieur Galli qui décédera en 1949 aurait "disparu" au départ de l'armée allemande.

On ne possède aucune information sur la présence de l'armée américaine dans l'hôtel en dehors du témoignage de monsieur C.... Celui-ci doit être contextualisé et lu à la lumière du climat de la Libération et du mythe du "sistentialisme"en devenir. Rien ne prouve en effet que le comportement de ce troisième corps de troupe à occuper l'hôtel en quatre ans ait été plus exemplaire comme monsieur C... l'affirme que celui des deux précédents.